Edition 2020 : Et si nos aliments devenaient gratuits ? Utopie ou innovation ?

Je m’intéresse beaucoup à l’avenir, car c’est là que j’ai décidé de passer le restant de mes jours », confie Woody Allen.

Quel goût aura notre avenir ? Allons-nous trouver comment gérer l’insécurité alimentaire ? En quoi notre alimentation est-elle un bien commun ? Comment accéder à une alimentation plus qualitative ? Quels projets mettre en oeuvre pour éviter d’être sans réponse face aux lois du marché ?

Pour introduire la conférence, nous avons demandé à Riel MILLER, directeur de la prospective à l’UNESCO, de nous présenter la littératie des futurs, la méthodologie qu'il a développée et qui renouvelle les outils de la prospective. C'est la compétence qui permet aux individus de mieux comprendre le rôle du futur dans ce qu'ils voient et réalisent. Être compétent.e en littératie des futurs renforce l'imagination, et améliore notre capacité à nous préparer, à nous rétablir et à inventer au fur et à mesure des changements.

 

« Le terme " Littératie des Futurs" reprend l'idée de l’alphabétisation par la lecture et l'écriture, car il s'agit d'une compétence que chacun peut et devrait acquérir. C'est aussi une compétence à la portée de tout le monde. Deux faits permettent à chacun de devenir plus compétents pour "utiliser le futur". Le premier est que le futur n'existe pas encore, il peut seulement être imaginé. Le deuxième est que l’être humain possède la capacité à imaginer. Par conséquent, les humains sont capables d'apprendre à imaginer le futur pour différentes raisons et de différentes manières. Ils deviennent ainsi plus compétents en littératie des futurs. » 

Pourquoi s’intéresser aux utopies ? parce qu’elles créent du désir. C’est une forme exigeante de radicalité dans les objectifs et extrêmement pragmatique dans les moyens : il faut expérimenter … s’autoriser … se respecter… oser le pas de coté et se confronter à nos propres certitudes, se libérer des injonctions…

« L’utopie est à l’horizon. Je fais deux pas en avant, elle s’éloigne de deux pas. Je fais dix pas de plus, elle s’éloigne de dix pas. Aussi loin que je puisse marcher, je ne l’atteindrai jamais. À quoi sert l’utopie ? À cela : elle sert à avancer. » — Eduardo Galeano

 

Après avoir évoqué les Utopies de Thomas Moore avec l’agriculture comme activité de base aux villes nourricières, en passant par la gastrosophie de Charles Fournier. Son système gastrosophique fournit un modèle de croissance, de cuisine, de restauration, de santé et d'expression de soi qui offre une alternative convaincante au modèle de gastronomie consumériste qui s'est développé à l’époque et qui aperduré aujourd’hui. Face aux utopies de l’alimentation parfaite, du « sans viande », de cuisine politique ou encore d’autonomie alimentaire des villes…

Nous avons orienté le débat autour de 3 utopies : 
- l’utopie de l’alimentation rendue disponible gratuitement à tous et enjeu de connaissance scientifique et technologique
- l’utopie de l’alimentation comme un vecteur de connaissances et de lien social
- l’utopie de l’alimentation comme bien commun et/ou un droit

 

Dans Star Trek, tous les biens de consommation sont gratuits et disponibles de manière illimitée grâce au réplicateur. La rareté n'existe pas. La science fiction au service du progrès social nous propose une utopie basée sur la connaissance. Ce modèle économique, décrit par Manu SAADIA dans son livre Trekonomics : l'économie de Star Trek (2016), est disponible via la vidéo d'Arnaud GANTIER, créateur de la chaîne Youtube « Stupideconomics ».

Pour aborder les deux dernières utopies, différents éclairages ont été apportés par nos invités. Gervaise DEBUCQUET [Audencia] et Gilles LAZUECH [Université de Nantes], sur un modèle de gouvernance original, Mathieu DALMAIS [ISF Agrista] et leur projet de sécurité sociale alimentaire.